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Lieu
Site
Bruxelles
Immeuble
ULB Campus du Solbosch – Bâtiment S
Local
Salle Dupréel
Adresse
Avenue Jeanne, 44, 1050 Bruxelles (Ixelles)
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Ven
30  09
10:00
Inscriptions
clôturées
Vendredi 30 septembre 2022 à 10 heures
Bruxelles – ULB Campus du Solbosch – Bâtiment S – Salle Dupréel
Colloque L’Histoire captive : historiens, témoins, descendants, à l’occasion de la remise du Prix de l’Académie royale de Belgique à Mme Irina Scherbakova
En raison de l’affluence du public, le colloque a été déplacé
Salle Dupréel ULB Campus du Solbosch - Bâtiment S
Avenue Jeanne 44 - 1050 Bruxelles




À l’occasion de la remise du Prix de l’Académie à Irina Scherbakova, germaniste et historienne russe, pour son combat, assumé en dépit des risques, en faveur de la vérité historique, un colloque est organisé afin de mettre en lumière l’importance des récits élaborés de manières diversifiées et souvent contradictoires par les historiens, les témoins et les descendants des conflits. Le colloque étudiera cette question en se focalisant en particulier sur l’évolution des récits relatifs à la Seconde Guerre mondiale et sur les récits de l'URSS.

Argument
« L’histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. [...] Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution, et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. » Ces mots de Paul Valéry résonnent de manière particulièrement tragique en ce début de XXIe siècle(1).

La captation de l’Histoire est certes loin d’être récente. Le recours au passé constituait déjà un principe d’argumentation dans la littérature grecque. Démosthène, Isocrate ou Eschine en appelaient fréquemment aux souvenirs de la cité pour dénoncer les dangers qui pesaient sur la démocratie. De tout temps, les hommes se sont référés au passé pour porter des jugements, justifier leurs actions, accabler ou louer. Les conflits qui se sont succédé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ne sont donc pas singuliers à cet égard. Ils sont néanmoins particuliers en raison de l’ampleur et de la permanence des évocations historiques mentionnées par les acteurs en présence. Il est frappant de constater l’insistance avec laquelle la plupart des représentants nationaux ou communautaires mettent l’accent sur le passé, que celui-ci soit proche ou lointain, historique ou mythique. Les récits officiels qui s’affrontent depuis le début de la guerre en Ukraine constituent une forme de paroxysme en la matière.

La réflexion proposée ici s’inscrit dans une perspective épistémologique particulière. Elle suppose que l’on prenne en considération la manière dont les acteurs (historiens, témoins, descendants) mettent en scène le passé. Ces mises en intrigue, même lorsqu’elles relèvent de descriptions scientifiquement élaborées, n’en restent pas moins influencées par des représentations et des émotions particulières. Ce ne sont donc pas seulement les événements eux-mêmes, mais aussi - et surtout - la représentation de ceux-ci qui influencent les prises de position et les décisions. L’ensemble des exposés permettra d’explorer la tension qui s’établit inévitablement entre d’une part, le choix du passé et d’autre part, le poids du passé(2). La première dimension vise les reconstructions, les usages du passé. La seconde évoque ses traces, ses empreintes. L’un des intérêts majeurs de toute recherche en la matière réside précisément dans l’articulation de ces deux dimensions.

L’efficacité du travail de mémoire, pour reprendre une formule chère à Paul Ricœur, est en effet directement limitée par le poids de l’expérience vécue(3). Les réalités héritées de la guerre sont ce qu’elles sont. Le ressentiment d’une population terrorisée, niée et endeuillée semble le plus souvent inévitable. Celui qui souffre dans sa chair ou dans son entourage peut porter les stigmates du drame tout au long de sa vie. Comme le rappelle Jean Améry qui a subi la torture et l’expérience concentrationnaire durant la Seconde Guerre mondiale, « ce qui s’est passé s’est passé » et « le fait que cela se soit passé ne peut pas être pris à la légère » ; « rien n’est cicatrisé, et la plaie qui [...] était peut-être sur le point de guérir se rouvre et suppure »(4). Comment imaginer, dans de telles conditions, des gestes de rapprochement à l’égard de l’ancien ennemi ? Cette interrogation met en lumière une tension à laquelle ne peut échapper aucune réflexion sur la gestion politique du passé : la nécessité de se tourner vers l’avenir comporte toujours le risque de faire fi de vies endommagées à jamais. C’est en étant pleinement conscient de ce risque qu’il sied de réfléchir à la façon dont l’Histoire peut diviser ou rapprocher.

(1) Paul Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, Paris, Gallimard, 1990, p. 35.
(2) Marie-Claire Lavabre, Le fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1994, p. 31.
(3) Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Le Seuil, 2000.
(4) Jean Améry, Par-delà le crime et le châtiment. Essai pour surmonter le mal, Paris, Actes sud, 1995, p. 17 et p. 20.


Comité organisateur :
L’Académie royale de Belgique, la Fédération Wallonie-Bruxelles - Cellule de coordination pédagogique Démocratie ou barbarie, l'ULB et l'UCLouvain



Programme :

10:00 Accueil :
Myriam Watthee-Delmotte (Directrice ARB-Lettres) et Irena D’Aloisio (FWB-Cellule de coordination pédagogique Démocratie ou barbarie)

10:10 Introduction : Problématisation 
: Valérie Rosoux (ARB-FNRS-UCLouvain-ISPOLE)

10:20 Session 1 : la pluralité des récits et la question de la transmission
Présidente de séance : Valérie André (ARB-ULB)

10:20 Récits du passé et usages du présent : exploration dans la littérature et les entretiens oraux sur la Shoah
. Sophie Milquet (ULB) 
10:45 Poétique et éthique du témoignage indirect dans l'œuvre de W.G. Sebald
. Hubert Roland (UCLouvain-INCAL)
11:10 Discussion
11:30 Pause café
11:45 La 3e génération : filiation, rejet et libération de la mémoire
. Valérie Rosoux (ARB-UCLouvain-ISPOLE)
12:10 Une Ascension, Paris, Gallimard, 2022. Stefan Hertmans, entretien avec Myriam Watthee-Delmotte (ARB)
12:35 Discussion

14:00 Session 2 : les récits de l’URSS : historiens, témoins, descendants

14:00 Table ronde :
Modératrices : Aude Merlin (ULB) et Lydia Obolensky (Lycée Lakanal de Sceaux)

Être à la fois descendante, témoin et historienne. Irina Scherbakova (Prix de l’Académie royale de Belgique 2022, Université de Moscou, co-fondatrice de Memorial)
Le point de vue des descendants. Liza Scherbakova
L’historiographie de la Seconde Guerre Mondiale en Ukraine. Tetiana Portnova (Université  de Postdam, Fondation Volkswagen)
Les manuels d’Histoire en Russie et la persistance de la vision impériale. Korine Amacher (Université de Genève)
Représentations publiques de la mémoire sur les dissidents soviétiques en Russie. Sur l'exemple de la célébration du 100e anniversaire d'Andrey Sakharov. Natalia Kolyagina (membre de Memorial Moscou, aujourd'hui dissoute)
De la création des nouvelles frontières polono-soviétiques au retour des confins multiculturels (?), 1944-2022. Catherine Gousseff (EHESS)

16:00 Conclusion : A Typology of Attacks on Historians and History
. Antoon de Baets (Rijksuniversiteit Groningen)
16:30 Discussion
17:00 Fin des débats, verre de l'amitié


Les exposés seront soit en français, soit en russe ou en anglais avec traduction simultanée uniquement du russe vers le français et du français vers le russe.

Le colloque aura lieu de 10 à 17 h.

Lors du colloque, il sera possible d'acquérir l'ouvrage d'Irina Scherbakova intitulé Bruits et couleurs du temps. Une famille dans le temps soviétique qui paraîtra prochainement dans la collection « Regards » de l'Académie royale de Belgique.